La Bible un roman

Marc 16:7

« En les renvoyant en Galilée, Jésus réamorce en quelque sorte la mission. Il n’abandonne pas les disciples à leur échec ; il les recommissionne. Ce qui signifie que l’échec ne disqualifie pas du service de Dieu : la grâce restaure et renvoie. »


Je n’arrive toujours pas à comprendre que les masses ne voient pas que la Bible est construite comme un roman — parce que c’en est un. À aucun moment elle n’est bâtie comme un récit historique.

Mieux encore : elle est construite contre le récit historique tel que nous l’entendons. L’histoire cherche à fixer les faits ; le roman cherche à transformer son lecteur. Structurellement, la Bible veut que vous soyez Pierre quand vous lisez « et à Pierre ». Elle vous fait entrer dans son mouvement de restauration.

Voilà pourquoi les lectures qui s’épuisent à défendre l’historicité littérale passent souvent à côté de la puissance narrative, à côté de l’ésotérisme.

Comme si tout ce qui s’était construit après, sous le nom de religion chrétienne, n’était qu’un contresens — l’extériorisation d’une foi. Un truc fondamentalement politique, récupéré par des politiciens.

Celui qui perçoit une structure romanesque comprend soudain qu’il est Pierre. Le texte ne décrit pas un événement passé : il crée un événement présent.

Une religion qui s’institutionnalise doit fixer le sens, tracer les limites de l’appartenance, dater les origines. Il lui faut des faits objectivables pour fonder son autorité. Mais le texte, lui, fonctionne comme une machine à inclure, non à exclure.

C’est devenu une affaire tribale, rien de plus. D’ailleurs, ceux qui ont embrassé ce mouvement se nomment eux‑mêmes « chrétiens », alors qu’à l’origine c’est un adjectif — parce que c’est d’abord une narration.

Ce truc est devenu un machin où l’on croupit dans les limbes de la psyché, alors que le récit de la résurrection est précisément l’inverse : la sortie par le haut. C’est-à-dire la psyché redevenue outil du corps, ce qu’elle était à l’origine. C’est pour cela que je dis toujours que les religions ne sont que des sectes, des gens qui s'auto-envoûtent.