« Empire Européen », et non pas « Europe des Nations ». Les Européens doivent en appeler à un sentiment d’un ordre supérieur, qualitativement distinct du sentiment nationaliste enraciné dans d’autres strates de l’existence humaine.
Le Saint-Empire médiéval germanique fut simplement la continuation de l’impérialisme romain universel — plus précisément, l’adoption par une partie des peuples germaniques de l’idée d’un empire universel et non-national.
Tout est pourri dans le nationalisme : le chauvinisme, une mentalité étriquée, une culture provinciale, une langue à prétentions impériales mais en réalité bourgeoise et locale.
Le nationalisme, c’est l’absolutisation fanatique d’une unité particulière. Tout y est petit, sans avenir, sans vision, sans vie, mécanique, bourgeois.
La pathologie de l’époque moderne ne réside pas dans les empires, mais dans leur rétrécissement au national. Le cadre national est une contraction du regard. Il nourrit un chauvinisme qui prend la partie pour le tout, un provincialisme qui confond tradition et tribalisme, et une langue qui, malgré ses prétentions impériales, reste un outil de commerce étriqué. C’est une machinerie de la limitation — répétitive, transactionnelle, et dépourvue de l’esprit animateur qui cherche un horizon au-delà d’elle-même. Confondre cet appareil contraint avec un fondement significatif, c’est accepter un futur déjà fermé, une vie réduite au mécanique.
C’est répétitif, transactionnel, mécanique — un système qui confond le mouvement et le progrès.
L’idée d’un empire au sens authentique et intégré (qu’il faut distinguer radicalement de tout impérialisme — phénomène qu’il convient de voir comme une extension malheureuse du nationalisme) s’est autrefois incarnée dans le monde médiéval européen, lequel maintenait les principes d’unité et de diversité.
Quelles sont les perspectives et les défis actuels pour mettre en œuvre une telle idée en Europe aujourd’hui ? Il faudrait clairement à la fois la volonté et la capacité d’agir à contre-courant des tendances dominantes.
Dans l’ensemble, nous devons concevoir une unité organique qui s’accomplit de haut en bas. Seules les élites au sein des nations européennes pourraient vraiment se comprendre et coordonner leurs efforts, surmontant tout particularisme et tout sentiment de division.