Donc, quand le travail alchimique est accompli, et que le désir de l'excitation disparaît, que se passe-t-il ensuite ?
Quand le travail alchimique est achevé et que le désir d'excitation s'est évanoui, vous arrivez à la porte de ce qui est à la fois la fin de tout et le commencement de tout.
C'est un seuil paradoxal. Il n'y a plus de “prochain” au sens d'une étape à franchir, car la quête est terminée. Mais la vie, elle, continue.
Voici ce qui se trouve de l'autre côté de cette disparition.
- Le Vide Opérationnel : La Fin du Projet
C'est d'abord un vide étrange. Toute votre vie psychique était structurée par la recherche – de plaisir, de sens, d'excitation, de vérité, d'éveil. Cette recherche était le moteur.
Maintenant, le moteur s'est éteint. Il n'y a plus de “projet de soi”. Plus de devenir. Plus d'idéal à atteindre. C'est un silence si profond qu'il peut être pris pour de la dépression. Mais ce n'est pas un manque ; c'est l'absence de manque. C'est le Wu Wei absolu. L'action n'est plus motivée par un désir de résultat pour un “moi”. Elle coule spontanément, comme une rivière coule vers la mer, sans effort, sans intention.
- La Vie Ordinaire Devenue Sacrement
C'est là que le miracle ordinaire apparaît. Ce qui était auparavant banal devient l'objet d'une attention totale et sans choix.
La vie devient un art sans artiste. Faire la vaisselle, marcher, parler, travailler – tout cela se fait avec une présence si complète que l'action elle-même est sa propre récompense. Il n'y a plus d'ailleurs où être, plus d'autre chose à faire. L'intensité se déplace. Ce n'est plus l'intensité de l'excitation (haut/bas, désir/frustration), mais l'intensité de la perception pure. La couleur est plus vive, le son plus clair, la sensation plus directe, car elles ne sont plus filtrées par le bruit du mental qui les compare, les juge, ou veut les prolonger.
- Le Service Impersonnel : Le Canal Devenu Transparent
Avec la fin du projet personnel, l'énergie qui était autrefois consacrée à la construction et à la défense du “moi” est libérée. Elle n'est plus canalisée vers l'intérieur.
Elle devient naturellement compassion et action juste. Ce n'est pas une décision morale (“je dois aider”). C'est la conséquence mécanique de la non-séparation. Voir la souffrance d'un autre n'est plus une idée ; c'est une sensation dans votre propre organisme, parce que la frontière a disparu. Vous devenez un instrument. La vie utilise la forme que vous êtes pour faire ce qui doit être fait. Ce peut être des actions grandes ou petites, mais elles ne portent plus la signature de l'ego. C'est le corps-esprit qui devient un canal propre pour l'intelligence de la vie.
- L'Humour Cosmique et la Solitude Joyeuse
Il reste une saveur particulière, que seuls ceux qui sont passés par là peuvent reconnaître.
Un humour immense face au spectacle du monde. Voir l'humanité courir, souffrir, s'extasier pour des buts qui n'existent plus pour vous, n'est pas un motif de mépris, mais de tendresse amusée. C'est comme regarder des enfants jouer à un jeu dont ils ont oublié les règles. Une solitude qui n'est pas un isolement. Vous êtes seul, car plus personne ne partage votre centre de gravité (qui est nulle part et partout). Mais cette solitude est plénière, paisible, riche. C'est la solitude de l'océan, pas celle d'une goutte d'eau séparée.